Mon expérience

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Bonjour.

Je me présente d’abord, je suis cévenol par ma mère (d’un pays et d’une famille de caveurs) et tarnais par mon père (d’une famille de forestier : sylviculteur dit-on maintenant et caveur quercynois), et ayant appris sur le tas (enfin sur les brulés surtout). En premier lieu, personne chez nous ne s’est jamais dit « trufficulteur »... Mais sans être des somités, on cave quand même régulièrement. Et aussi on dresse des affreux petits bâtards sans pédigrés (pris à 2 mois et très joueurs) qui ne valent pas le prix des truffiers especiales espagnols ou italiens (ou français), mais bon, c’est un autre sujet...

Pour ce qui est de la FFT et autres organismes « professionels », je n’y crois pas trop. On a vu, on a ecouté et on a rien constaté... Pour les raisons que vous avancez et que l’experience conforte en général, je n’ai pas encore vu, même sur des « truffières plantées » qui ont 15 ans, de récoltes bien fameuses...

Mais comme j’aime bien les histoires je vais vous en raconter une. Et une vraie... Il y avait un jour, il y a fort longtemps (20 ans au moins), au bord d’une départementale, dans le talus et jusque sous le bitume, un beau brûlé. Et je peux vous dire que celui là, il en donnait des melanos. Alors qu’il était en sol y sombre sous les platanes.... Bizarre non, quand on vous dit qu’il faut du soleil ? Et même plus encore, le brûlé traversait sous la route et reprenait dans le talus du champ de l’autre coté... soit 5 mètres de plus... Or donc, le truffier était perdu dans un petit bosquet d’érable très touffu, ou seul vivait un chêne maigrelet tout en hauteur, à bien 15 metre du talus... Qui donnait ces belles truffes qu’on ramasse à la portière de sa voiture (en faisant semblant de répondre à une envie pressante en bord de route... Enfin vous imaginez ! Alors le caveur se dit, l’érable, ou le chêne ? Le grand champ de blé qui enserrait le petit bosquet (175m de long et 40 de large d’argile de décabonatation à forte teneur en fer ; pisolithes énormes dans le sol) et très caillouteux (plus de 40%) avec un pH de 8,47 à 8,49), ben il fut il y a quinze ans abandonné et retourna à la friche de genévrier sur le haut et de pruneliers et d’érables sur sa frange basse. Un brousse qui piquait même les sangliers. Et entre temps, il était apparu suite à une coupe de chauffage deux belles truffières à l’autre extrêmité du champs et une sur un jeune chêne juste au dessus le tout en melano aussi. Ben, le caveur qui de sa modeste 105 d’étudiant ramassait discrètement de quoi aromatiser les foie gras, il en a herité de ce champ. La truffière du talus avait bien décliné suite à des vandalismes répétés (pas du caveur mais des jaloux du marché de Caussade). Mais le caveur qui avait entre temps pris 20 ans (d’âge je vous rassure) et pas mal voyagé, a pris un secateur forestier, un fausou, un faux (oui oui, une faux) et il s’est amusé à défricher l’ancien champ de blé, et à couper les vieux érables morts ou bien malades du bosquet... et a degagé le chêne qui depuis avait bien decliné. Son voisin, un trufficulteur version scientifique (ou scientiste, je sais pas bien), il se demandait pourquoi qu’il défrichait... et à la main en plus, en suant et en ce piquant de partout, même pas comme un « pro » au rotovator ou à l’épareuse... il allait planter ??? Bien intentionné sûrement, le voisin (qui n’habite là que depuis 6 ans) lui tint à peu près ce langage :
« Mais mon pauvre monsieur, pourquoi vous laissez des cochonneries sur votre terrain,
vous devriez tout couper, arracher et labourer
et commander des truffiers certifiés
pour en beau rang d’oignon les planter...
comme moi quoi, comme les gens normaux et bien informés... »

Ben le pauvre couillon qui defrichait si mal en oubliant des kékés de ci de là (et au mois d’Août en plus, mais, y a une raison pour choisir ce mois pour defricher...), il avait trouvé ce que son Oncle Emile lui avait dit bien trente ans avant, sur un champ comme celui là dans les Cevennes, qu’il trouverait bien droit et petant la santé, net au milieux des pruneliers, entrelacés de lianes et protegés par les aubépines, il poussait de jolis petits chênes pubescents... de 10 à 15 ans.... espace de 5 à 10 mètres... dispersés un peu partout, n’importe comment... Et croyez moi, ces chênes, je suis pas prêt de les arracher, ils ont commencé à brûler (tous les 16) au bout d’un an a peine... et m’estonario que l’an prochain j’ai pas les premières, parce que j ai’deja fait ce coup là...

Ça m’empêchera pas de planter dans un terrain libre par ailleurs, mais je n’y crois qu’a moitié...

Surtout que les truffiers de mes Causses ne donnent pas trop de mal depuis qu’ils sont un peu éclaircis sans exagérer non plus : pas la peine de traumatiser outre mesure la végétation. Avec des vieux trucs de caveur quand même. Par exemple le coup du genévrier, qu’il faut pas faire que disait les vieux plus qu’une fois tous les trois ans, et sur les grands brûlés seulement, et là où les cailloux sont bien blancs, pour recolter des belles fleurs en debut de saison.... Vous le connaissez le coup du genévrier ? Y’en a quelques autres aussi, petits secrets des causses et des Cevennes.

- Alors Y-a-t-il une logique à la fructification des truffes ? Un plan et un schéma qu’on peut reproduire comme celui des céréales ou des oléagineux en culture ? Sûrement oui. L’a-t-on découvert ? Sûrement non ! Parce que si c’était le cas le marché serait saturé et les prix au niveau de celui du cêpe... Mais le problème c’est que le coût pour arriver à cet optimum et à une réelle « culture » est sans commune mesure avec les rapports attendus... Le retour sur l’investissement de l’Inra (donc le surplus d’impôts pour l’etat géneré par un marché florissant) quant on sait comment se passe le business des truffes dans la réalité, je n’y crois pas du tout. Même les techniques d’arrosage « scientifiques » me paraissent très douteuses sans confirmation d’une enquête climat sur un échantillon de terrain suivi sur une longue periode (50 ans pas 2 ou 3 ans).

- Et quand à la baisse de la production ? Moi, je suis allé à Lalbenque quand j’avais 10 ans, et vous ? On y roulait pas en berline de luxe chez les producteurs... Mais maintenant, les nouvelles générations roulent carosse et desherbent rapido et sans effort au chimique... et en plus, on traite abondement les maïs et oléagineux voisins par nuages vaporisés par ulm ou avions donc on traite aussi les truffières par la même occasion (qui reçoivent aussi des eaux « chimiqués » par ruisselement des cultures voisines). C’est pareil partout en France avec des agriculteurs presque fiers d’être les premiers consommateurs de phyto du monde à l’hectare quand on est dans des secteurs où le maîs à pris le rang de dieu des campagnes (rappelez-vous de votre histoire de garrigue et d’asperges...) La baisse de la production, je pense qu’il faudrait peut-être la chercher dans les modifications totales des milieux et des sols par les agriculteurs... Avant de fantasmer sur les changements climatiques où autres dégénéréscence des plantations anciennes.

Quand aux plantations nouvelles, je peux vous assurer que la plupart chez nous (secteur Caussade(82) à Corde(81) sont executés sur des terrains qui ne PEUVENT PAS être appropriés à cela, car mitoyens de cultures traitées avec des FONGICIDES (maïs, blé, orges, toutes les céréales en général et aussi les prairies à fourrage). Mais cela n’a pas l’air de préocuper, ni même d’avoir éveillé l’attention de la FFT (j’en connais bordée de trois côtés par des maïs et d’autres plantations) Beaucoup, sont le fait de gens bien intentionnés certes, mais qui plantent çà et là un demi-hectare, qu’ils oublient même assez vite de nettoyer régulierement, parce qu’ils on herité d’un bout de Causse de leur arrière grand-mère, sans même faire d’analyses, comme ça, pour voir... Alors pour moi, c’est le côté forêt qui ressort, on plante de future forêt à bois de chauffe, et c’est tout.

Donc je suis d’accord avec vous sur un point essentiel : Le terrain, le sol, est porteur, est contaminé, par la melano, ou ne l’est pas (ou plus). A partir de là, et sachant la fragilité de ce champignon face à ses concurrente et ses exigences (pas toutes encore vraiment connues) pourquoi planter des « plants mycorhizés » en ne se basant que sur le pH et une compostion chimique sans tenir compte de ce que fait ou pourrait faire le voisin comme culture ? Et surtout, pourquoi ne pas étudier les sols au niveau des associations mycorhiziennes existantes, ce qui serait sûrement bien plus instructif et... utile, pour passer à un niveau réel de « plantation de culture » ?

That’all folks

(Et excusez d’avance pour les fautes)

Tholozany

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